Je livre ici mes envies de partage, pouvoir communiquer avec le monde, sur le monde, des sujet qui me touchent… Seule dans mon coin mais gourmande de tout, souhaitant m’enrichir de vous. Je vous fais part de mes expériences (culinaires ou autres), vous propose une visite guidée sur mes balades, vous raconte les vagabondages de ma pensée. Une sensibilité dévoilée par incidence de mes envies. Laissez-vous tenter, poussez la porte et venez…
Comme c’était dans l’air du temps et qu’il y avait eu des discussions sur les félibrées et autres. J’ai pensé qu’il serait bon de mettre à l’honneur nos grand-mères et arrière-grand-mères.
Je vais vous parler de Ma Grand-Mère. Elle s’appelait «Mamie» (comme toutes les grand-mères me direz-vous mais là, c’était la mienne) et elle m’a fait découvrir mon passé. Née en 1901, dans un petit village vosgien, Cheniménil, pour ne pas le nommer, ma grand-mère, Marie-Pauline y coulait des jours plus ou moins joyeux. Elle avait connu les deux guerres et elle avait été très marquée par la seconde. Elle m’avait dit que nous descendions d’une famille hongroise qui avait migré dans ce petit village, il y avait bien longtemps car nous étions l’une des plus anciennes familles de Cheniménil. C’était un prêtre de ses amis, qui, dans son temps libre, avait fait des recherches généalogiques (il est vrai qu’avec les registres de mariages, de baptêmes et de décès, il avait toutes les archives du bourg). Adolescente, j’avais bien du mal à discipliner ma chevelure et Mamie disait toujours « c’est grand-père Hurlin (son père) qui t’a donné ses cheveux hongrois …»
Il n’était pas question de parler le patois à la maison de chez ma grand-mère, sa maman voulait des jeunes filles bien élevées qui n’allait pas au champ. Il n’y avait que Tante Jeanne (sa sœur aînée) qui n’en faisait qu’à sa tête et qui était toujours par monts et par vaux. Pendant la première guerre, Jeanne était très attentionnée avec les enfants et chacune de ses sorties dans le village se faisaient accompagnée de sa hordes de petits admirateurs. Elle était très vaillante.
Pauline, c’est ainsi qu’elle préférait être appelée, était une petite fille gâtée. Elle grandissait, dans une famille aimante, avec ses sœurs (Jeanne et Aline). Il y avait l’école, le catéchisme et les travaux de couture. Il y sentait bon les confitures, la liqueur de cassis et les pâtés lorrains ; dans ces intérieurs. Pour se chauffer, les familles avaient des parcelles de forêts de sapins qu’elles plantaient et qu’elles entretenaient pour pouvoir alimenter les poêles et les cuisinières à bois. Près des maisons, un potager avec des légumes délicats, variés, aux alentours du village, des petits champs qui servaient à planter des légumes tel que la pomme de terre (il fallait faire les réserves pour l’année).
Ma Mamie était brodeuse de perles « haute couture ». Elle brodait des perles sur de riches tissus qui servaient à faire les robes des belles de Paris des années folles. Métier qu’elle exerça quelques années puis, elle rencontra mon grand-père (Georges dont je porte son prénom en troisième prénom), ils se marièrent et ils eurent trois filles, tous les 7 ans ! Elle disait que c’était le temps qu’il lui fallait pour se remettre de ses accouchements. Elle a eu ma Maman pendant la guerre alors qu’elle était âgée de 42 ans. Elle m’avait fait rire lorsqu’elle m’avait raconté qu’elle avait été obligée d’accueillir un soldat allemand chez elle. Mon grand-père était prisonnier en Allemagne, et ce dernier avait voulu lui faire des avances, elle l’avait refroidi sans délicatesse. Quand il y avait quelque chose qui ne lui plaisait pas, elle savait le montrer et les portes claquaient. Elle avait son caractère.
Elle m’a fait découvrir une vie tranquille dans une campagne profonde de la France. Moi, la petite « africaine » qui ne connaissait mon pays que pendant les vacances.
Je me souviens de la messe du dimanche. Nous avions les habits du dimanche ! Elle faisait le catéchisme aux enfants. Tout le monde lui disait bonjour (ils disaient qu’on se ressemblait, qu’on voyait bien que j’étais sa petite-fille, qu’on avait les mêmes yeux). Pourtant, elle n’était pas délicate comme personne mais respectée. Il n’était pas question de faire des manières, on l’acceptait comme elle était. Gentille mais pas généreuse juste très impliquée dans la vie communautaire catholique du village. Il y avait de très jolies fleurs dans son jardin, aucune n’étaient destinées à l’embellissement de sa maison mais celui de l’église. Elle avait connu les deux guerres, elle savait ce qu’était de manquer. De ce temps-là, c’était une autre vie, une vie que l’on ne peut qu’imaginer sans fioriture. Comme dans ces petits villages où tout le monde se connaissait, on se souciait du qu’en-dira-t-on.
Ce n’était pas la grand-mère gâteau, la super mamie comme dans les livres. Mais, c’était ma Mamie et elle était le lien de mes origines. A travers elle, nous avions une histoire, l’histoire de notre famille. Elle nous a quitté à l’âge de 95 ans. Je ne vous ai pas parlé de ses 7 voyages à Lourdes et de celui de Rome. Qu’elle continuait la broderie sans les perles, sa maison était remplie de ses œuvres, tout le linge de maison était garni de ses broderies, c’était une artiste dans son registre. Qu’elle était soprano à la chorale de l’église. Qu’elle ne mesurait pas plus 1,47 m. Et tous les vendredis, quand ce n’était pas du poisson, c’étaient les « râpés »…